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Sous la chaleur de Sherlood : Le roman

Chapitre 1 — DAVE

16+ — Déconseillé aux moins de 16 ans
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Je me retrouve assis dans ce café, face à Dayane, un de mes meilleurs amis d’enfance, que je n’ai pas revu depuis trois longues années, depuis qu’on a quitté le lycée et décroché nos diplômes.

Il boit une gorgée de son jus de fruits, un sourire tranquille aux lèvres, avant de me demander comment les choses avancent de mon côté.

J’entre en troisième année de médecine. J’ai toujours rêvé de devenir chirurgien, mais à vrai dire, ce n’est pas aussi simple que je l’imaginais.

On échange des banalités, on se raconte nos galères de fac, on rit comme avant. Mais bientôt, Dayane évoque un prénom, et tout en moi se fige.

Glen.

Rien que d’entendre son prénom suffit à raviver une flamme que je croyais éteinte depuis longtemps. Trois années de silence n’ont rien effacé. Glen est toujours là, quelque part au fond de moi, comme une vieille brûlure qu’on croit guérie, mais qui fait encore mal quand on y touche.

Glen… mon ami d’enfance, celui que j’ai connu à dix ans. On a grandi ensemble, de l’école primaire jusqu’à la terminale.

Tout allait bien. Jusqu’au jour où j’ai trouvé le courage de lui avouer ce que je ressentais vraiment.

La serveuse passe devant nous. Je lui commande une autre boisson. Elle me répond avec un petit sourire doux, ses yeux vert plantés dans les miens.

Dayane me lance un clin d’œil moqueur.

Je lui rends son sourire, mais au fond de moi, je sais très bien que ce n’est pas elle qui m’attire. Il semble avoir oublié que je n’ai jamais été intéressé par les filles.

_ Alors… Tu as réussi à tourner la page avec Glen ?

Sa question me prend de court.

Je me fige. Mon regard fuit. Et je respire doucement, avant de rassembler le courage de répondre.

Passer à autre chose, hein…

Je me répète cette phrase deux fois dans ma tête avant de reprendre la parole, sous le regard percutant de Dayane qui semble attendre ma réponse avec impatience.

_ Je pensais que le temps ferait le boulot à ma place. Mais parfois, j’ai l’impression que mon cœur… a juste appris à se taire, pas à oublier.

_ Ça, c’est parce que t’as jamais vraiment cessé d’y croire. Tu t’accroches à quelque chose qui te fait du mal, Dave, me répond Dayane d’un ton plus sérieux.

Il n’a pas totalement tort. De ce côté-là, je ne peux rien nier. Voilà déjà trois ans que j’ai avoué mes sentiments à Glen, et qu’il m’a clairement fait comprendre qu’il ne ressentait pas la même chose, qu’il m’a toujours vu comme un frère.
Pourtant, au fond de moi, je ne sais pas pourquoi j’ai toujours cette lueur d’espoir, cette petite flamme qui croit que, du jour au lendemain, tout pourrait changer entre nous.

Dayane paie l’addition et nous sortons du café. La serveuse ne me quitte toujours pas du regard. En franchissant la porte, je murmure en silence dans ma barbe :

Désolée, beauté… mais je ne regarde pas les femmes. Je suis gay et je l’assume. Ce n’est pas quelque chose que je cache, contrairement à certains qui voient ça comme une honte.

Dayane me propose de me déposer devant mon bâtiment. Je sortais à peine du taf quand je suis venu le rejoindre au café, et j’ai vraiment la flemme de me taper les transports en commun. Surtout que l’été approche, et que les odeurs de sueur dans le métro me donnent la nausée.

Je l’attends sur le trottoir pendant cinq minutes, en face du café. Et je reste bouche bée lorsqu’une magnifique voiture de luxe se gare juste devant moi. La vitre teintée descend, révélant le sourire beaucoup trop fier de Dayane.

_Toujours en mode star hollywoodienne, toi ?

_J’assume mon bling-bling, répond-il en s’enfonçant encore plus dans son siège.

La portière s’ouvre automatiquement. Je monte, accueilli par la fraîcheur délicieuse de la climatisation.

Voilà déjà quinze minutes que la voiture a quitté le centre-ville. Encore dix, et on arrivera dans le quartier où je vis, à Welstone.

Les yeux rivés sur la vitre, j’observe la nuit qui commence à tomber, et mes pensées retournent, inévitablement, vers Glen. Il a suffi d’une simple phrase de Dayane pour que mon cœur se rappelle qu’il n’a jamais cessé d’aimer.

Perdu dans mes pensées, je n’entends même pas Dayane prononcer mon prénom.
Ce n’est que lorsqu’il se penche vers moi et me siffle dans l’oreille que je redescends sur terre.

_ Dis-moi, tu as prévu quoi cet été ?

Je cligne des yeux, surpris, avant de lui demander :

_ Que me vaut l’honneur de cette question ? Tu comptes me payer un billet pour la planète Mars ? Ou m’offrir une bonne séance de massage d’une heure ?

_ Donne-moi juste ton programme.

_ J’ai encore rien programmé. On n’est qu’en juin. J’ai encore le temps pour voir ce que je vais faire.

Un large sourire s’étire sur les lèvres de Dayane avant qu’il ne reprenne :

_ Et si je t’offrais une pause ? Une vraie. Tu vas pas me dire que t’as prévu de passer encore une fois l’été enfermé à broyer du noir.

_ Je sais pas…J’ai l’impression de tourner en rond dans ma life…Trois ans mec. Trois qu’il m’a dit qu’il me voyait comme un frère. Et pourtant…rien n’a changé de mon côté.

Dayane passe un bras autour de mes épaules, comme il le faisait au lycée quand il voulait me secouer ou me rassurer. Ses yeux verts, brillants sous les lumières de la ville, restent fixés sur moi plus que sur la route. Mais ça ne m’inquiète pas : sa voiture est entièrement automatique. Elle double toute seule, ralentit, prend les virages avec une fluidité presque arrogante. Une voiture dont le logo doit coûter plus cher que six mois de mon loyer.

_ Tu te souviens de Sherlood, l’île paradisiaque où j’allais passer mes vacances avec mes vieux ? demande-t-il avec un sourire malicieux.

Je tourne lentement la tête vers lui.

_ Oui… L’île où se trouve une des villas de ton père. Celle avec les hamacs, le jacuzzi, et la vue sur l’océan ?

Rien que d’y penser, j’ai l’impression de sentir l’odeur du sel, du sable… et les moustiques de luxe.

_ Yep. Il sourit, fier comme un gosse qui cache mal une surprise.

_ Les clés sont à moi pour tout le mois d’août. Et l’idée de passer un dernier été là-bas, tous les cinq : Anna, Shana… et Glen. Comme au bon vieux temps.
Ça me hante depuis un moment. C’est le moment de vous faire découvrir cette villa de rêve dont je vous ai tellement parlé.

Je me fige. Littéralement. Je sens même plus ma ceinture de sécurité.

Un voyage… à Sherlood ? L’île la plus touristique du monde ? Avec sa mer turquoise, ses plages qui brillent au soleil comme si elles avaient été photoshopées, et sa vie nocturne aussi intense que Las Vegas ?

Et en plus… dans une villa de luxe.

Je regarde Dayane en silence.

Parce que la « villa de son père », ce n’est pas une villa normale. Le père de Dayane, John Johnson : propriétaire de quatre hôtels 5 étoiles, deux centres de thalasso, et un casino de luxe. Un homme qui a fait fortune avant 30 ans, qui voyage en jet privé comme d’autres prennent l’ascenseur, et qui a acheté une villa à Sherlood l’île qui sembles réserver que pour la haute société. Parce que presque tout respire le luxe la bas. Une villa de plus de 800 m², avec piscine à débordement, baie vitrée panoramique, salle de cinéma, plage privée, chemin lumineux menant au jacuzzi extérieur, et un majordome qui parle six langues.

Il a beau être l’héritier d’un empire hôtelier, mais il ne se vante jamais de sa fortune. On oublie facilement qu’il est né avec une cuillère en argent dans la bouche… parce qu’il a toujours refusé de nous regarder de haut. Et là, sans prévenir, il nous propose de vivre un été de millionnaires.

Je devrais être euphorique. Je devrais hurler de joie, sauter dans la voiture, allumer des feux d’artifice invisibles dans ma tête.

Mais il y a une phrase qui me traverse, glacée, tranchante, incontrôlable.
La seule qui franchit mes lèvres :

_ Glen sera là ?

Le silence qui suit est plus fort que le bruit du moteur. Dayane ne répond pas tout de suite. Je vois ses doigts taper légèrement sur le volant, comme s’il cherchait ses mots.

_Évidemment, je ne peux pas tirer les voiles sans lui. Je te rappelle que c’est aussi mon meilleur ami. Tout comme toi, ajoute Dayane avec un demi-sourire.

Je reste silencieux quelques secondes, le regard perdu dans les lumières qui défilent derrière la vitre. Sherlood. La villa. La mer. Glen. Un mois entier… dans une villa de luxe… avec Glen. Je ne sais vraiment pas si j’arriverais à tenir le coup…La voiture ralentit en approchant de l’immeuble où se trouve mon appartement. Avant d’appuyer sur le bouton qui ouvre la portière, je tourne la tête vers Dayane et je laisse tomber :

_ Laisse-moi une semaine pour réfléchir… Je ne suis pas sûr de pouvoir recroiser Glen.
Surtout depuis que je lui ai avoué mes sentiments.

_De toute façon, tu as un mois pour te décider, répond-il tranquillement.
Donne-moi ta réponse en juillet. Je vais bientôt commander les billets.

Je pose un pied au sol, mais il baisse à nouveau la vitre avant de démarrer.

_Ah, j’ai oublié ! Si jamais tu viens, prépare-toi : il y aura un sixième membre avec nous. Un pote à moi. Elias. Il n’a pas trop la vibe festive, mais tu verras, il est cool. À la prochaine, Dave.

Je lui fais un signe de la main et regarde sa voiture disparaître dans la nuit, happée par la route. L’obscurité s’est installée, chaude et lourde, comme la promesse d’un été que je ne suis pas certain d’être prêt à affronter.

Je franchis la porte d’entrée et me dirige vers l’ascenseur. Un de mes voisins en sort ; on échange quelques mots rapides, les banalités du soir, avant qu’il ne s’éloigne dans le couloir. Puis enfin, j’atteins mon appartement. Et la première chose que je ressens, en refermant la porte derrière moi, c’est ce vide étrange… celui qui annonce que ma vie va peut-être changer encore une fois.

Sans perdre de temps, je file vers la salle de bain. Je sortais à peine du taf quand je suis allé rejoindre Dayane, et là… je sens vraiment l’envie de me dégourdir le corps, de laisser l’eau me réveiller un peu. Sous la douche, la chaleur glisse sur ma peau et je commence à savonner mes cheveux verts mi-longs, ceux qui me tombent jusqu’aux épaules. Et forcément… mes pensées repartent vers Glen.

La scène de cette nuit-là, celle où je lui ai avoué mes sentiments, repasse dans ma tête comme un vieux film que je connais trop bien. La fin de nos années de lycée. Mon cœur qui battait trop fort. Son regard perdu.

Et puis le baiser.

Même maintenant, trois ans plus tard, je sens encore la brûlure de ses lèvres contre la mienne. Il m’avait laissé l’embrassé langoureusement, avant de se ressaisir brutalement. Je reste conscient d’une chose : Ce soir-là, je lui avais forcé la main.

Je ferme les yeux, l’eau coulant sur mon visage, mais la culpabilité ne se dissout pas aussi facilement. Je suis tiré de mes pensées par la sonnerie de la porte d’entrée. Je sursaute presque. Il est à peine 19 h, et je ne m’attendais pas à une visite.

Je sors de la douche en vitesse, attrape une serviette et me sèche à toute allure.
Je n’ai même pas le temps de réfléchir.
J’enfile le premier short qui me tombe sous la main et me dirige vers l’entrée, encore torse nu, l’eau glissant lentement le long de mes abdos, mes muscles d’athlète mis en valeur malgré moi.

Je déverrouille la porte. Elle s’ouvre.

Et je tombe sur Fred.

Fred reste planté devant moi, les mains dans les poches, un sourire en coin qui se veut détendu… mais que je reconnais trop bien pour être innocent.

_Je te dérange pas ? lance-t-il en jetant un coup d’œil rapide à mon torse encore humide.

_ Non, vas-y. Entre.

Je me décale pour le laisser passer. Il entre comme s’il connaissait déjà l’appartement par cœur, ce qui est le cas. Son parfum flotte aussitôt dans l’air, une odeur chaude, familière… peut-être trop familière. Je referme la porte derrière lui.

_ Je croyais qu’on se voyait demain, je dis en passant une main dans mes cheveux mouillés.

_Je sais, mais… Il hésite. Et ça, ça n’arrive jamais avec Fred.

_ Je passais dans le coin. Je me suis dit que… tu aurais peut-être envie de me voir.

Je retiens un soupir. Pas parce que sa présence m’agace, Fred a toujours été doux, drôle, attentionné. Mais ce soir, mon cœur est ailleurs. Coincé entre un souvenir et une peur.

_Tu veux boire un truc ? je propose pour gagner du temps.

_Non. Il me fixe.

_ C’est toi que je veux voir.

Son ton, sa manière de s’avancer d’un pas… je comprends immédiatement où il veut en venir. Comme toujours. Il s’approche de moi. Très près. Sa main effleure mon bras, remonte le long de mon épaule, ses doigts glissent sur ma nuque.

_ T’es tendu, Dave. Qu’est-ce qu’il se passe ? souffle-t-il.

Je détourne le regard. Je sais que mes yeux me trahissent toujours. Et ce soir, c’est le bordel là-dedans.

Il frôle ma joue de sa main.

_Tu veux qu’on… se détende un peu ? murmure-t-il, son souffle chaud contre mes lèvres.

Une sensation familière traverse mon ventre. Un mélange dangereux de désir… et de vide. Parce que je le sens déjà : si je le laisse m’embrasser, si je me laisse aller, ce ne sera pas lui que j’aurai en tête.

Et ça, Fred le mérite pas.

Je me recule d’un pas, doucement.

_Je sors tout juste du bain. J’ai pas eu le temps de sécher mon corps ni mes cheveux, encore moins de m’huiler avant de venir t’ouvrir la porte.
Toute façon, tu connais l’appartement. Prends ce qui te plaît dans le frigo.

Il n’hésite pas une seconde. Comme d’hab’, il se comporte ici comme chez lui.
Il retire sa veste, toujours aussi beau et stylé dans ses vêtements impeccables.

Fred n’en rate jamais une pour se mettre en valeur : ses épaules larges, sa taille bien dessinée, sa démarche assurée.
Physiquement, son corps est plus musclé et attirant que le mien.

Il traverse la cuisine reliée au salon, ouvre le frigo d’un geste naturel et se prend une bière. Puis il se laisse tomber sur le canapé et allume la télé.

J’en profite pour retourner dans ma chambre.

Je retire vite fait le short que j’avais enfilé en vitesse ; il est tout humide.
Tout nu, j’attrape ma serviette et je prends enfin le temps de bien me sécher le corps et les cheveux.
L’eau fait encore légèrement onduler mes mèches vertes au contact de l’air chaud. J’aime bien cet effet. Ça me donne l’air plus… vivant.

Je viens à peine d’enfiler mon boxeur que j’entends la porte de ma chambre s’ouvrir derrière moi.

Fred.

Il n’hésite pas une seule seconde pour me rejoindre. En deux pas, il est contre moi, et avant que je puisse réagir, il me plaque délicatement mais fermement contre l’armoire. Son souffle effleure ma peau encore chaude, et ses mains commencent déjà à se balader le long de mes cuisses, remontant lentement vers mes hanches.

_ J’ai l’impression que tu m’évites, Dave. Sa voix a perdu son assurance habituelle. Il me regarde droit dans les yeux, son torse encore proche du mien.

_ Je sais qu’on est dans une relation libre, continue-t-il, mais d’habitude, tu ne m’accueilles pas comme ça. On n’a même pas échangé un vrais baiser. À peine je t’embrasse et tu recules de deux pas.

Ses yeux bleus accrochent les miens, mes yeux gris qui, pour une fois, n’arrivent même plus à soutenir son regard. Je sens mon souffle se bloquer dans ma gorge. Parce que, même si je n’ai rien dit, il a raison.

Entre nous deux, il n’y a jamais eu de gêne. On se connaît assez pour ne plus jouer la comédie. Ça fait quand même 1 ans qu’on a commencé cette relation… si on peut appeler ça une relation. Une parenthèse. Un accord tacite. Un truc simple, sans promesses, juste du plaisir partagé, de la tendresse parfois.

Mais ce soir… ce soir, quelque chose coince en moi. Et il le voit.

Fred passe une main dans ses cheveux rose parfaitement coiffés, une ombre de doute traverse son visage.

_Tu vas pas me dire que t’es gêné tout à coup… C’est pas ton genre.
Il baisse légèrement les yeux, puis les relève vers moi.

_Alors ? Qu’est-ce qui se passe ?

Je déglutis. Mes doigts se crispent sur le bord de ma serviette encore humide.
La vérité me brûle les lèvres.
Mais je n’arrive pas à la dire.

Parce que ce qui bloque… Ce n’est pas lui. Ce n’est pas nous.

C’est Glen. Toujours lui.

Et juste penser à ça… ça me fait mal.

Je sens la tension grimper entre nous, comme un fil trop tendu prêt à lâcher.
Je ne veux pas, que ça ce finisse en embrouille. Alors, sans réfléchir davantage, je glisse ma main derrière sa nuque. Je sens la chaleur de sa peau sous mes doigts, et je ramène doucement son visage contre le mien.

Dès que nos lèvres se touchent, Fred répond instantanément, avec cette urgence qui lui ressemble. En deux secondes à peine, nous basculons sur le lit. Son corps se plaque au mien, solide, chaud, rassurant d’une certaine manière.
Je tente… J’essaie vraiment de me laisser aller.

De ne plus penser à rien d’autre.

Parce que, d’un côté, je tiens énormément à Fred. Il n’est pas juste un plan cul, à mes yeux. Il a été là quand j’avais besoin de me libérer de l’emprise de mes sentiments pour Glen. Beaucoup de prétendants ont défilé dans ma vie, mais il est le seul à qui j’ai pu m’attacher un minimum, et le seul à avoir tenu le coup.
Les autres refusaient de jouer les pansements pour mon cœur blessé.

Fred sait très bien que je suis amoureux d’un autre homme. C’est même la raison pour laquelle on s’est mis d’accord sur une relation libre, sans jamais essayer d’y mettre réellement nos cœurs.

Mais malgré ça… Malgré ses mains, sa bouche, son souffle qui descend le long de mon cou…

Mon cœur refuse. Refuse encore et toujours de céder la place que Glen occupe depuis trois ans. Trois ans… ou peut-être depuis bien plus longtemps.
Depuis mon enfance, depuis mes dix-huit ans… alors que dans deux mois, j’en aurai vingt-cinq.

Et plus Fred me serre contre lui, plus cette vérité me frappe.

Je suis là, dans ses bras, dans mon propre lit… Mais une partie de moi est ailleurs.

Fred glisse ses mains sur mes hanches, doucement d’abord, comme s’il me redécouvrait. Sa bouche reprend possession de la mienne, plus chaude, plus insistante. Nos respirations se mélangent, et mon dos rencontre une nouvelle fois les draps encore tièdes du lit. Il se hisse au-dessus de moi, son torse contre le mien, sa peau brûlante contre ma peau encore humide. Je sens son poids, sa chaleur, et sa façon de m’embrasser comme s’il essayait de combler un vide.

Ses doigts remontent le long de mes cuisses, effleurent la ligne de mon bassin.
Mes mains se glissent dans ses cheveux,
je connais leur texture par cœur, et je le laisse m’entraîner dans ce rythme familier.

Il pousse un souffle contre ma gorge, y dépose un baiser plus lent, plus appuyé.
Je sens son envie, l’électricité qui monte, la manière dont il me serre contre lui comme si… comme s’il
refusait de me perdre...

Mon cœur, lui, hésite. Mais mon corps répond.

Sa main glisse sous le tissu de mon boxeur, remonte lentement, presque avec douceur.
Il mord légèrement ma lèvre inférieure, un de ses gestes préférés.

_ T’es tellement beau… murmure-t-il contre ma peau.

Je ferme les yeux. Je m’accroche à ce moment, à cette chaleur, à cette sensation d’être désiré, ne serait-ce qu’un instant. Fred continue de m’embrasser, descend jusqu’à ma clavicule, puis plus bas. Chaque baiser laisse une traînée brûlante sur son passage. Ses doigts s’attardent à ma taille, ses hanches se pressent contre les miennes.
Et quand il remonte vers mon visage, son regard bleu accroche le mien.

Là… tout déraille.

Je ne sais pas si c’est la façon dont mes yeux vacillent, ou le battement incertain de ma respiration, mais il se fige juste au-dessus de moi. Ses lèvres ne touchent plus les miennes. Sa main reste suspendue dans l’air, comme bloquée entre deux intentions.

Un silence lourd s’installe.

Et dans ses yeux… je vois la question qui lui brûle les lèvres.

Dave… tu penses encore à lui, hein ?

Fred relève légèrement la tête, ses sourcils se froncent, sa poitrine se soulève contre la mienne. Il me regarde vraiment cette fois, pas comme un partenaire, mais comme quelqu’un qui voit clair.

Son murmure tombe entre nous, presque fragile :

_T’es ailleurs… Tu me regardes même pas. Qu’est-ce qui va pas, Dave ? T’es bizarre, ce soir… Tu réponds pas à mes baisers. Sa voix tremble un peu. Pas de colère. Plutôt… de la blessure.

Et tout en moi se fige.

Je reste allongé sous lui, mes mains encore posées sur ses hanches, incapable d’ouvrir la bouche. Je déteste ça. Je déteste lui faire ça.

Parce qu’il a raison.

Malgré sa chaleur, malgré ses mains, malgré la façon dont son corps se presse contre le mien… mon esprit n’est pas là. Il est avec quelqu’un d’autre.

Je déglutis, incapable de soutenir longtemps ses yeux bleus. Fred, lui, reste suspendu au-dessus de moi, la respiration un peu serrée, comme s’il craignait ma réponse.

Et ça me brise un peu de le voir comme ça.

Son souffle se coupe, son regard change. En une seconde, tout bascule : la chaleur retombe, la tension se casse comme du verre.

Il recule légèrement, me scrute, les sourcils froncés. Puis Il se redresse d’un coup, quitte mes bras, se recule sur le matelas puis descend du lit presque brusquement, comme si ma peau l’avait brûlé. Son regard accroché au mien n’a plus rien de tendre.
C’est de la frustration.
De la peine. Un coup de froid en plein été. Il passe une main dans ses cheveux roses, souffle fort, et ajoute d’une voix plus dure :

_Sérieux, Dave ? J’me tape un fantôme, là. Tu bouges à peine. Franchement, t’es pas comme ça d’habitude. Autant arrêter là. C’est pas la peine de continuer…

La chambre se vide d’air.

Je reste allongé, la respiration coupée, incapable de bouger. Son absence sur ma peau est presque plus violente que ses mots.

Je déglutis, rattrapant ma voix tant bien que mal.

Désolé, Fred… J’aurais jamais dû te faire venir ce soir. C’est pas contre toi. C’est juste… moi. Y a des soirs où même un lit à deux reste froid.

_ Ne le prends pas mal, commence-je en soupirant. Je suis juste épuisé. J’ai vu un ami après le taf, et j’ai même pas eu le temps de souffler.

Fred croise les bras, visiblement agacé.

_ Je sais que ma visite n’était pas prévue ce soir, d’accord. Mais là… Il désigne le lit d’un geste nerveux.

_C’est moi qui fais tout le boulot pendant que toi tu restes là, plaqué sur le matelas comme une momie. Alors que d’habitude, c’est TOI qui me projettes dessus, qui arraches mes fringues et qui te glisses contre moi sans hésiter.

Il n’a pas tort. Je ne suis pas un gros timide au lit. Toutes les fois où on a couché ensemble, ça a été chaud, intense, bruyant, au point que les voisins ont probablement déjà envisagé de déménager.

Mais là… Dayane m’a mis Glen en tête. Juste l’idée de passer un mois entier avec lui à Sherlood, dans la même villa, à partager nos journées comme avant…
Ça a tout ravivé.
Mon cœur me montre à nouveau qu’il est toujours amoureux.

Comment expliquer ça à Fred ?

Il explose rien qu’en entendant le prénom Glen traverser mes lèvres.

Fred revient vers moi, lentement, son ombre glissant sur les draps. Je suis assis, encore enroulé dans le lit, et il se penche jusqu’à effleurer mon oreille.
Son souffle chaud me fait frissonner.

_ Dave… tu sais très bien pourquoi je suis là. Sa main trace une ligne lente dans mon dos.

_Et je compte en profiter. Au maximum.

Ses yeux bleus s’accrochent aux miens. Intenses. Dévorants.

Puis, sans rompre le contact, il retire la dernière pièce de vêtements qu’il porte.
En une seconde, il est entièrement nu devant moi.
La lumière de la chambre souligne les lignes puissantes de son corps, ce corps qui a toujours su me faire perdre pied. Il tire le tiroir de la table de chevet qui se trouve à côté du lit et en sort un préservatif qu’il enfile d’un seul geste.

Il tend la main vers l’interrupteur.

Click.
L’obscurité tombe, douce, intime.

Le lit s’enfonce sous son poids quand il revient vers moi, déterminé. Et cette fois, je fais l’effort de balayer Dayane, Sherlood, Glen… tout ça hors de ma tête.

Pour lui. Pour nous. Au moins pour ce soir.

Je glisse mes doigts sur l’élastique de mon boxeur, le retire d’un geste.
Nos corps n’ont plus aucune barrière entre eux.

Je me laisse retomber sur le dos, mes bras s’enroulant autour de sa nuque, mes jambes s’ouvrant pour l’accueillir. Mon regard plonge dans le sien. Un seul message passe, clair, silencieux :

Vas-y.
Je suis à toi.

Fred revient vers moi dans la pénombre, son corps chaud glissant contre le mien avec une aisance qui me fait frissonner. Il m’embrasse encore, cette fois sans retenue, comme s’il voulait effacer chaque seconde où je lui ai échappé.
Je sens ses mains descendre le long de mon torse, se refermer sur mes hanches, m’attirer contre lui.

Son souffle devient plus lourd. Ses doigts tremblent légèrement quand il se rapproche davantage, jusqu’à ce que je sente son bassin presser contre le mien, cette pression familière, brûlante, qui me rappelle pourquoi nos nuits ont toujours été si intenses.

Je ne réfléchis plus. Je m’abandonne, enfin, pour lui. Pour ce moment. Pour oublier tout le reste. Ses lèvres se perdent dans mon cou, descendent le long de ma clavicule. Il me serre plus fort contre lui, et je sens son corps s’aligner au mien.
Là, maintenant, il ne fait plus dans la douceur, il me veut, clairement, entièrement.

Je glisse mes mains dans son dos, je m’accroche à lui. Et quand il se positionne, quand il me tire un peu plus contre lui, je comprends que cette fois, il ne me laissera pas m’échapper.

Il se glisse en moi d’un mouvement lent, profond.

Un souffle m’échappe. Mes doigts agrippent ses omoplates, mes jambes entourent sa taille sans même que j’y pense. Le lit grince légèrement quand il commence à bouger, trouvant son rythme, cherchant à me ramener avec lui dans ce plaisir qu’il offre sans retenue.

Il gémit, sa voix étouffée contre mon oreille.

Je sens ses muscles se tendre, sa respiration se briser, son corps tout entier chercher la fusion du mien. Je me laisse aller, le plaisir monte, chaud, vibrant, me traverse en vagues silencieuses. Mais dans le noir… alors qu’il me prend dans ses bras, alors que je sens chaque mouvement, chaque frisson…

Les yeux fermés, je tente de me laisser aller. Je veux sentir Fred. Je veux être là, avec lui, ici, maintenant. Mais quelque chose en moi déraille.

Son corps se presse contre le mien, sa chaleur me traverse… et pourtant, chaque fois que j’essaie de rouvrir les yeux, ce n’est pas son visage que mon esprit dessine.

C’est ridicule, presque cruel.

Fred n’a rien demandé. Il me tient, il me désire, il me donne tout…Et moi, je suis là, à confondre ses traits, avec ce de Glen. Je déteste que mon cœur se comporte de cette façon.

Il mérite mieux que d’être mêlé aux ruines que Glen a laissées derrière lui. Et pourtant, malgré tous mes efforts, mes mains qui s’agrippent à son dos, la chaleur qui monte dans mes reins… je sens ce vide, cette fracture, ce « mais » qui revient, encore et encore.

Fred gémit contre mon cou, sa respiration se mêlant à la mienne. Et moi, je suis là, partagé entre deux sensations, le plaisir qui me submerge… et cette part de moi qui, stupidement, continue de courir après un amour impossible. Et plus je me laisse aller contre Fred, plus je sens cette dualité me déchirer. Ses mains glissent sur mes hanches, remontent le long de mon dos, me serrent avec cette force qui cherche à m’ancrer à lui. Je sens son souffle contre ma peau, chaud, rapide, affamé. Il reprend un rythme plus profond, plus précis, comme pour me ramener à lui, comme pour effacer ce qu’il a cru lire sur mon visage. Et moi, je m’accroche. Je m’accroche de toutes mes forces à ses épaules, à sa chaleur, à cette présence qui m’enveloppe. Parce que oui… le plaisir monte. Oui… mon corps répond.
Mais au fond, il y a cette fissure, cette absence, ce nom que je retiens derrière mes dents.

Par peur de gémir en lui hurlant le prénom de Glen.

Un gémissement m’échappe malgré moi. Fred grogne contre ma clavicule, comme si ce son-là suffisait à lui redonner confiance. Mais quelque chose change. Un frisson traverse son dos. Son bassin ralentit, juste un peu. Je sens son souffle devenir chaotique, presque tremblant.

Puis il se redresse légèrement, son front collé au mien, nos respirations mêlées, son cœur battant contre ma poitrine comme un tambour. Je sens… autre chose. Une émotion qu’il tente de retenir. Une tension qui n’a rien à voir avec le désir.

Il me regarde. Pas comme quelqu’un qui profite du plaisir charnel. Comme quelqu’un qui va dire un truc qui va tout renverser. Son regard bleu tremble. Ses doigts glissent sur ma joue. Il avale sa salive, comme si ses mots brûlaient.

Et d’un coup, sa voix tombe.

Basse.
Cassée.

Vraie.

_ Je t’aime… Dave.

Le monde s’arrête. Littéralement.

_Je suis amoureux de toi.

Mon corps se fige sous le sien. Le plaisir s’éteint d’un coup, remplacé par un vertige violent. Mes mains, encore agrippées à son dos, se desserrent et retombent lentement sur le matelas. Je le fixe, incapable de bouger. Son visage est juste là, à quelques centimètres du mien. Ses lèvres tremblent encore du poids de ses mots.

Une vague glacée me traverse, comme si mon sang s’était vidé de mes veines.
Je sens mon cœur rater un battement, puis un deuxième.

_ Fred… tu… tu viens de dire… ?

Ma voix se casse. Je n’arrive même pas à reformer la phrase. Il ferme les yeux un instant, comme pour assumer son choix, puis les rouvre sans fuir.

Le souffle coupé. Le choc m’écrase. Parce que je l’entends, je le comprends, je vois dans son regard qu’il ne ment pas. Et je n’ai absolument aucune idée de ce que je suis censé ressentir…ni comment je vais survivre à ce qu’il vient de provoquer.

_ Oui… Je suis amoureux de toi. Sa voix se brise légèrement, mais ses yeux restent accrochés aux miens, brûlants de vérité.

_ J’en peux plus de le cacher. Et de prétendre que tout ça, c’est juste du plaisir charnel.

Il inspire, profondément, comme si les mots lui déchiraient la gorge.

_ Je couche pas avec toi pour calmer mes pulsions ou juste… me vider. Ses doigts tremblent contre ma peau.

_Je le fais parce que c’est la seule façon que j’ai trouvée pour te montrer ce que je ressens.

Il se rapproche encore, ses lèvres presque contre les miennes :

_Dave… je fais l’amour au mec que j’aime.

Mon visage se décale sur le côté. Tout se bouscule dans ma tête à une vitesse affolante. Je ne sais même plus quoi lui répondre.

Me sortir un « je t’aime aussi doux et profond bourré de sincérité » en plein milieu d’un acte sexuel… C’est le genre de phrase qui fait vaciller tout ce que je crois tenir debout.

Les mots se mélangent, se heurtent, refusent de sortir. Je crains de dire quelque chose de travers. J’ai peur de le blesser. Peur que tout éclate entre nous.

Fred se redresse lentement. Je vois, dans la lueur blessée de ses yeux, qu’il ne s’attendait pas vraiment à une réponse. Ce qu’il voulait…c’était que je comprenne. Que j’ouvre enfin les yeux sur ce qui se joue entre nous depuis des mois. Que je voie que ce n’étaient plus seulement des draps froissés et des nuits volées. Que lui, il a basculé bien plus loin que ce qu’il prétendait.

Et je lis aussi, parfaitement, qu’il refuse de continuer à être ce rôle qu’il a accepté trop longtemps : un pansement. Un plans cul, ni un simple amant. Il veut être quelqu’un dans ma vie.

Il finit par détourner le regard. Il se lève sans un mot attrape son short, l’enfile à moitié, et traverse la pièce puis se dirige vers les toilettes sûrement pour se soulager, reprendre le contrôle. La porte claque doucement derrière lui.

Je reste allonger là, haletant, le corps encore tiède de son contact, la tête noyée entre culpabilité et stupeur. Je respire fort. Une fois. Deux fois. Puis je me redresse enfin. Le drap glisse le long de ma peau encore humide, mes cheveux en bataille retombent sur mon front et mes épaules. Je récupère doucement le préservatif, resté coincé entre mes fesses quand il s’est retiré, et un frisson me traverse. Pas un frisson de plaisir. Un frisson de réalité. Je le jette dans la poubelle à côté du lit et Je me lève, lentement, et enfile mon boxeur, celui-là même que j’avais envoyé valser au sol vingt minutes plus tôt.

Et soudain, tout paraît trop silencieux. Trop lourd. Comme si l’air avait changé, d’un coup.

La porte de la salle de bain s’ouvre dans un souffle de vapeur. Fred réapparaît, le visage tendu, les cheveux encore humides, son jean enfilé à la va-vite.
Il ne me regarde même pas. Pas une seule seconde.

Je ravale ma salive.

_ Tu… vas mieux ?

Il lâche un rire. Bref. Sec. Coupant. Un rire qui n’a rien de drôle.

_ « Mieux » ? Sérieux, Dave… Tu crois que c’est une question d’aller mieux ?

_Fred, écoute… je suis désolé pour ce qui s’est passé. C’est juste que… la journée a été longue, et j’ai pas eu le temps de…

_Arrête. Stop DAVE.

Un seul mot. Sec. Tranchant. Comme une gifle.

_Arrête tes excuses de merde. On n’est plus des gamins.

Mon cœur se contracte. La tempête arrive.

Il s’avance, les yeux rivés dans les miens. Des yeux bleus pleins de colère… et de douleur.

_ Je sais très bien que ma visite n’était pas prévue ce soir. Mais je suis pas con, Dave. Je vois quand quelqu’un n’est pas là. Et ce soir, t’étais pas avec moi. T’étais ailleurs. T’étais… avec lui.

Je reste muet. Parce qu’il a raison.

Fred secoue la tête, un rire nerveux aux lèvres.

_ Tu comprends à quel point c’est humiliant ? Te sentir raide comme une statue pendant que je te touche ? Fermer les yeux comme si t’espérais que… que ce soit Glen ?

Je me crispe.

_ C’est pas ça… ? C’est avec lui que tu aurais aimé faire l’amour ce soir. Sentir ses mains à lui sur ton corps.

Il avance d’un pas, les mains tremblantes.

_Tu me laisses entrer dans ton lit, mais jamais dans ta vie. Jamais.

Il pose une main sur son torse.

_Tu me veux juste pour ne pas être seul. Mais pas assez… pour m’aimer.

Je baisse le regard, mes doigts se serrent dans le drap froissé.

_Je veux pas te blesser, Fred… ni te donner de faux espoirs si… si mon cœur est encore coincé ailleurs.

_Ailleurs ?

Son rire est amer.

_ En trois ans, ton cœur refuse toujours d’accepter que Glen t’a clairement fait comprendre qu’il ne veut pas de relation amoureuse entre vous deux.

Il lève les yeux au ciel.

_ Glen, Glen, GLEN.

Tu fermes la porte à tous ceux qui s’ouvrent à toi, pendant que lui continue tranquille sa vie de star, avec sa carrière de basketteur. Sans se soucier de toi ?

Je ferme les yeux.

Oui, c’est moi qui ai mis la distance entre Glen et moi, espérant que ce serait plus facile pour l’oublier…Mais au fond, ça n’a rien changé. Et malgré sa célébrité, malgré nos chemins séparés, Glen ne m’a jamais vraiment tourné le dos.

_Je peux pas te mentir. J’ai essayé… mais je suis encore amoureux de lui. Je sais pas pourquoi j’arrive pas à l’oublier. Moi-même, j’ai aucune issue à ça.

Rien qu’en disant ça, j’ai l’impression de lui planter un couteau dans le cœur.

Fred ferme les paupières une seconde, profondément. Quand il les rouvre, elles sont pleines d’eau.

_Alors c’est bon.

Sa voix tremble.

_ On arrête tout, Dave.

Je relève brusquement la tête.

_ Quoi ?

_ Tu m’as très bien entendu. Nous deux, c’est terminé.

Cette nuit est la dernière signature de nos aventures.

Il attrape sa veste.

_ Je suis pas un pansement jetable. Je ne veux plus être un remplaçant. Je suis pas là pour réparer un cœur qui refuse d’arrêter de battre pour quelqu’un d’autre.

Il avance vers la porte.

_ Fred, attends…

Il s’immobilise. Sans se retourner.

_ Tu veux être avec moi ?

Sa voix se fissure.

_Vraiment être avec moi ?

Je reste silencieux.

_ Alors choisis, Dave. Il serre la poignée.

_ Choisis-moi entièrement… ou laisse-moi partir. Parce que j’veux plus être ton… putain de plan cul.

Une larme roule sur sa joue.

_ Et j’ai compris que je ne serai jamais celui qui effacera Glen de ton cœur. Alors je préfère partir maintenant, avant de me détruire encore plus mentalement pour un amour à sens unique.

Il s’approche d’un pas. Pose un baiser tremblant sur mon front.

_ Adieu, Dave.

Il ferme les yeux.

_Tu vas terriblement me manquer…

Puis il chuchote :

_ Mais fais-moi une promesse : ne laisse pas filer le prochain qui t’ouvrira son cœur.

Il recule vers la porte.

_ Prends ce qu’on a vécu comme une leçon…

Il ouvre.

_ …pas comme une erreur.

La porte claque.

Et tout s’effondre autour de moi.

Je reste seul, au milieu des draps encore chauds de lui, avec une seule certitude :

J’ai laissé partir sans le retenir un homme qui m’aimait sincèrement.
Et des hommes comme Fred… on n’en trouve pas deux dans la vraie vie.

Et je m’en veux à mort.

Quand je repense à tout ce que lui et moi avons partagé, je me dis qu’on aurait pu vivre la plus belle romance du siècle. Mais mon cœur refuse encore de s’ouvrir.
Il reste accroché à une absence qui me ronge depuis trop longtemps.

Alors je crois que… c’est le moment. Il est temps pour moi de tourner la page.

Et en revoyant Glen, en faisant enfin face à son indifférence, je trouverai la force d’éteindre ce sentiment absurde qui ruine ma vie depuis trois ans.

Peut-être que la chaleur de Sherlood réussira à me sauver là où… moi, j’ai échoué.

🕵️ Fin (pour l'instant) de « Sous la chaleur de Sherlood : Le roman »

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